Article publié le
07 - 03 - 2025

Entretien avec Laurent Ciman

Parcours, obstacles, conseils ou encore projets, l’ex-international belge au plus de 500 matches professionnels est revenu pour nous sur sa carrière et ce qui l’anime aujourd’hui. En toute humilité et simplicité.

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« Je ne sais pas si on est destinés ou pas mais j’ai toujours aimé le foot, tu n’avais besoin que d’un ballon contrairement à d’autres sports qui requièrent un certain matériel », affirme d’emblée Laurent, qui confie avoir passé des heures à tâter le cuir dans la cité où il habitait, à Couillet. « C’était important que ça reste un jeu, je n’aime pas dire que c’est devenu un « métier ». Mon père aimait ce sport lui aussi. Papa n’a jamais été pro, il a été un amateur mais à un bon niveau tout de même. »


Si on l’a surtout connu comme dernier rempart durant sa carrière, Laurent a pourtant débuté à un autre poste. « Je n’ai pas toujours eu une âme de défenseur, j’ai commencé comme attaquant. Je pense qu’on veut tous marquer des buts en étant petit. J’ai aussi fait du foot en salle pendant un certain temps. Je pense que c’est ça qui m’a aidé dans la finition, à affiner ma technique dans les petits espaces. On a d’ailleurs été champions de Belgique avec Marcinelle à l’époque, et gagné la Coupe de Belgique. J’ai fini meilleur buteur. »


« C’est Dante Brogno qui a cru en moi »


C’est évidemment dans le Hainaut que Laurent Ciman débute, à Couillet d’abord. « Avant d’aller au Sporting de Charleroi, où on me disait que je n’avais pas le niveau pour jouer en D1. Je suis alors allé à l’Olympic Charleroi où j’ai rencontré Dante Brogno, c’est lui qui a cru en moi. Pendant ce temps, je faisais aussi le Foot Elites. Il y avait un synergie entre les deux clubs, l’Olympic et le Sporting. Grâce à ça et à Dante, j’ai fait 6 mois au Sporting de Charleroi en Espoirs avant de rallier le noyau pro où Jacky Matthijsen m’a aussi donné ma chance. Il faut dire les choses clairement : il faut avoir un peu de chance pour percer, tomber sur les bonnes personnes au bon moment et sur des personnes qui croient en toi. Mais il n’y a pas secret, il faut faire des sacrifices quand tu veux devenir pro. Il faut savoir ce que tu veux, et moi, ça a toujours été mon cas. J’allais dormir quand il fallait, je me reposais quand je le devais. »


La mauvaise passe brugeoise


Vient alors ce transfert à Bruges, époque qui ne s’est pas passée comme il l’aurait souhaité. « Je n’étais peut-être pas prêt a faire ce pas à Bruges, où le public attend beaucoup de chaque joueur. Je ne jouais pas à mon poste de prédilection, on m’avait placé arrière droit au lieu d’être en défense centrale. Les résultats de l’équipe n’étaient pas au rendez-vous, tout comme mes prestations. Je n’avais pas su faire la prépa’ avec le Club puisque j’avais été repris aux Jeux Olympiques. Puis, le déménagement en Flandre n’est pas toujours simple quand on est un petit Wallon, quand tu ne parles pas la langue.


Laurent est alors pris pour cible. « Quand un stade te siffle, ce n’est pas facile mentalement. Heureusement que j’ai eu le soutien de ma famille et de ma femme pour ne pas que je sombre. Il y avait des joueurs importants comme Stijn Stijnen, Karel Geraerts, Mohamed Dahmane ou Jonathan Blondel qui m’ont soutenu. »


Courtrai pour le relancer, le Standard pour le porter aux nues


L’homme rebondit alors à Courtrai. « J’y ai rencontré Georges Leekens et Philippe Vande Walle qui ont également été importants dans ma carrière en me remisant en défense centrale. Je retrouvais aussi là un club familial comme à Charleroi. Enfin, je faisais une saison accomplie et à mon niveau. Nous étions tous des joueurs revanchards, beaucoup était en prêt. Sven Kums a aidé à bien nous acclimater. Nous avons, je pense, fait la meilleure saison de l’histoire de Courtrai. »

Beaucoup diront que c’est au Standard de Liège qu’il a étalé toute sa classe. « Comme le disait Marc Wilmots, le Standard, c’est LE club. J’aurais pu signer ailleurs que là mais c’était un rêve de jouer au Standard de Liège, ça collait bien à ma mentalité. J’ai toujours eu le respect des supporters. »


Direction le Canada pour sa fille


« En stage en Espagne, j’ai eu la possibilité via un agent à l’époque de venir pour l’Impact Montreal. Moi je n’y connaissais rien au football là-bas », admet-il. « Pour moi, en MLS, je connaissais les New York Red Bulls et LA Galaxy, c’est tout. Ma femme savait qu’il y avait des ressources là-bas pour soigner notre fille Nina et elle espérait déjà qu’on y aille après ma carrière. Pour moi, ce pays, je n’y connaissais que la neige et le hockey. Je ne savais pas qu’il y avait un club de foot là. Mais je m’en foutais un peu de ce qui m’attendait de l’autre coté. L’adaptation a été assez facile. J’arrivais en plus en confiance car j’étais parti du Standard par la grande porte. Puis, ça parle français, c’est facile. »


« Puis l’Impact de Montreal a voulu me « trade » (Note : l’échanger) à LA FC sans mon consentement, alors que ma seule recommandation au départ était de ne pas être échangé durant les deux premières années de mon contrat », poursuit-il. « J’ai finalement joué 4 mois à Los Angeles avant de retourner en Europe, à Dijon. Mais aller en France fut une erreur. Mon fils n’aimait pas l’école là-bas, il en revenait chaque fois en pleurs. C’était compliqué de rester là. Il fallait absolument que je revienne au Canada. J’ai alors parlé avec Sébastien Giovinco et j’ai répondu à Toronto, où j’ai arrêté ma carrière. »


« J’ai aimé être l’intermédiaire entre un coach et ses joueurs »


Si sa carrière de joueur a pris fin il y a 4 ans, Laurent Ciman a pourtant endossé par la suite un costume d’adjoitn.


« Je voulais rentrer chez moi, comme joueur à Montreal mais ça ne s’est pas fait. À l’époque, Thierry Henry était coach de l’Impact et Olivier Renard le directeur général. Thierry me connaissait de l’équipe nationale belge alors que j’avais déjà côtoyé Olivier. Je suis alors retourné à Montreal mais comme entraineur assistant. Entre temps, Henry a du rentrer en Angleterre juste avant que je ne débarque. Wilfried Nancy était devenu coach, lui que j’ai connu comme assistant quand j’y étais encore joueur. J’ai aussi connu Hernan Losada comme T1. Tu as toujours envie de jouer car ça reste ta passion. Mais j’ai très bien pris le fait d’être assistant. J’aimais être cet intermédiaire entre le coach et les joueurs, jouer avec eux, leur faire comprendre qu’ils sont importants. Un joueur carbure fort à la confiance. C’est bien beau de bosser sur un ordi et de faire séances mais le coté humain et relationnel pour tirer le max d’un joueur m’importe.


Un projet d’académie de foot


Aujourd’hui, Laurent vogue vers d’autres horizons, toujours dans le foot. « J’ai envie de donner tout ce que moi j’ai appris et ça part par des bases techniques, de dialogue. J’ai envie de me lancer dans la fondation d’une académie de joueurs entre 10 et 18 ans, leur apprendre les bonnes choses pour que même quelqu’un qui est dans le foot amateur soit dans des condition professionnelles, peu importe que ça soit pour en faire son métier, que ça soit en petit groupe ou en individuel. Ça serait l’Académie Soccer Elite Laurent Ciman. Pour l’instant, on est à la recherche de l’endroit pour la fonder, car il n’est pas facile de trouver de telles infrastructures pour un tel projet. Il s’agirait dans un premier temps d’un terrain de 5 contre 5 ou de 7 contre 7. Pas besoin d’un terrain à 11 contre 11 pour faire ce que j’ai envie de faire. »


Un Opportunity Players version canadienne ?


Evidemment, impossible de ne pas le questionner sur la plateforme Opportunity Players, que Laurent a déjà pu parcourir à sa guise. « Ça part d’une idée franchement incroyable. Je comprends le fond de l’idée. Combien de personnes m’ont téléphoné que ça soit papa ou joueur pour essayer de placer tel ou tel joueur … Mais c’est compliqué car on n’a pas toujours l’accès à des vidéos de joueurs, à leurs CV ou à certaines infos essentielles. Tu sais comme le monde pro, c’est dur. Grâce à Opportunity Players, des joueurs même dans le monde amateur ont la possibilité d’exploiter leurs capacités à fond. Une fois que t’es sur la plateforme, pour moi ou des gens de la MLS, ça nous permet d’avoir le descriptif complet du joueur. Je suis sûr que c’est comme ça que d’autres joueurs qui n’ont pas eu la chance de percer comme moi avec Brogno peuvent percer ou être la prochaine pépite à dénicher. Ce qui est bien, c’est que ça ne s’arrête pas au foot. Même pour un physio qui démarre sa carrière, ce n’est pas toujours facile de se lancer et de commencer à bosser. C’est vraiment top et bien fait par rapport au sport. »


« J’aimerais bien faire ça par rapport au Canada », continue-t-il encore. « Car il y a des sports qui fonctionnent super bien en Europe mais pas ici. Le hockey sur glace doit y figurer par exemple, c’est le sport n°1 au pays, bien que le Soccer prend une certaine ampleur. Ça sera dans la continuité de ce qui se fait, avec encore beaucoup plus de marchés possibles. Dans le monde amateur, ici, ça reste compliqué, c’est moins bien géré que ce qu’on connait en Belgique. Ici au Québec, à part Montreal où il y a une académie et où tu peux avancer avec des coaches qui ont un CV ou un vécu, quand tu en sors, dans le monde amateur, on retrouve des gens qui n’ont peut-être pas le vécu foot et donc l’apprentissage nécessaire vis-à-vis des jeunes. C’est fait par des gens, sans critique, qui n’ont pas les compétences pour que la base d’un joueur soit bonne. Via Opportunity Players et mon académie, on pourrait y remédier. »


Joachim Gilles


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